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Au lieu de fêter le premier anniversaire de son acquittement, Päivi Räsänen est contrainte à défendre à nouveau sa liberté d’expression pendant un deuxième procès

  • Malgré un jugement unanime par lequel la parlementaire finlandaise Päivi Räsänen et l’évêque Pohjola ont été acquittés de toutes charges, leur calvaire entre dans sa quatrième année.
  • La campagne de censure perdure et met en danger le droit d’exprimer des points de vue chrétiens en public.

HELSINKI (le 28 mars 2023) – La liberté d’expression vaincra-t-elle en Finlande? En célébrant le premier anniversaire de son acquittement le 30 mars, la parlementaire finlandaise Päivi Räsänen a bon espoir – même si le procureur général ne lâche pas prise, et qu’elle devra bientôt se présenter devant la cour pour un deuxième procès sur son tweet biblique.

Pourtant, le 30 mars 2022, le tribunal régional de Helsinki l’avait acquittée de toutes les charges, en statuant “qu’il ne revient pas au tribunal d’interpréter des principes bibliques”. Mais en avril dernier, le procureur a interjeté appel contre l’acquittement, en demandant une amende de dizaines de milliers d’euros ainsi que la censure des ouvrages de Räsänen et Pohjola.

“La continuation de cette campagne de censure contre des idées pacifiques crée un précédent dangereux et montre bien à quel point la liberté d’expression est menacée. Je vais continuer à me battre pour la défendre parce qu’elle est la pierre angulaire de toute société libre et démocratique. J’espère que la Cour d’appel suivra la décision du tribunal régional et que je serai à nouveau acquittée” dit Päivi. Elle vous raconte comment elle a vécu le procès jusqu’ici.

La liberté d’expression tombe encore plus bas

L’ancienne ministre de l’Intérieur avait été accusée de “crime de haine” parce qu’elle avait partagé ses idées d’inspiration religieuse sur le mariage et la sexualité dans un tweet et lors d’une émission-débat à la radio en 2019, et dans un livret rédigé en 2004. Mgr. Pohjola, de son côté, était accusé d’avoir publié ledit livret pour le distribuer ensuite aux membres de sa congrégation il y a 17 ans. Le procès avait été fortement médiatisé l’an dernier, tandis que des experts en droits de l’homme se disaient inquiets de la menace qui pesait sur la liberté d’expression en Finlande.

“Lorsqu’une parlementaire respectée est mise en procès à deux reprises parce qu’elle a partagé ses convictions profondes par un tweet quatre ans plus tôt, on ne peut que conclure que la liberté d’expression en Europe est tombée encore plus bas. Toute personne qui comprend l’importance de la liberté d’expression devrait s’indigner du fait que cette chasse aux sorcières continue. Le procureur veut que Päivi serve d’exemple; à travers elle, le procureur cherche à faire taire d’autres voix croyantes. Cela n’a pas marché la première fois, et nous espérons que la liberté va gagner une fois de plus” a déclaré Paul Coleman, auteur du livre ‘Censored: How European Hate Speech Laws are Threatening Freedom of Speech’ (Censuré: Comment les lois sur le discours haineux menacent la liberté d’expression) et Directeur Exécutif d’ADF International, l’association de défense juridique qui accompagne l’avocat de Päivi Räsänen.

Jugée pour un tweet

L’enquête policière contre Räsänen a débuté en juin 2019. En tant que membre active de l’Église évangélique-luthérienne de Finlande, elle avait envoyé un tweet aux responsables de son église pour les questionner sur leur décision de soutenir officiellement l’évènement LGBT « Pride 2019 », en ajoutant une photo d’un passage de l’Épître aux Romains. Ce tweet a donné lieu à des investigations supplémentaires, qui ont même remonté jusqu’à un livret religieux qu’elle avait rédigé il y a près de 20 ans.

Au cours des deux dernières années, Räsänen a dû subir des interrogatoires de police pendant treize heures au total. Chaque fois, les policiers l’interrogeaient sur ses convictions chrétiennes et lui faisaient développer son interprétation de la Bible.

En avril 2021, la procureure générale avait retenu trois chefs d’accusation contre Räsänen, malgré la forte recommandation de la part des services de police d’abandonner les poursuites pour deux de ces charges. Par ailleurs, les propos tenus par Räsänen n’enfreignent en aucun sens les règles de Twitter ni celles de la chaîne radio nationale, ce qui explique pourquoi on peut toujours les retrouver sur ces plateformes.

Le procès de la Bible

Pendant les deux jours d’audience, le 24 janvier et le 14 février 2022, l’avocat de Räsänen, soutenu par l’association de défense juridique ADF International, avait fait valoir qu’un jugement de culpabilité porterait gravement atteinte à la liberté d’expression en Finlande. Selon lui, les propos de Räsänen correspondent aux enseignements chrétiens.

Dans son jugement, la cour a admis que s’il est vrai les propos de Räsänen peuvent déranger certaines personnes, “il faut qu’il y ait une raison impérieuse d’intérêt général pour intervenir et restreindre la liberté d’expression”. Selon la cour, il est clair que dans ce cas, une telle raison fait défaut.

Le 30 mars 2022, le tribunal régional de Helsinki avait prononcé un acquittement et condamné le ministère public à payer les frais de justice qui s’élèvent à plus de 60.000 euros. Cependant, à la différence de beaucoup d’autres juridictions, la loi finlandaise permet au procureur d’interjeter appel de tout verdict de non-culpabilité jusqu’à la Cour suprême de Finlande. Pour sa part, Räsänen se dit prête à défendre la liberté d’expression devant n’importe quelle instance, au besoin même devant la Cour européenne des Droits de l’homme.

Räsänen est membre du parlement finlandais depuis 1995. Elle a présidé le groupe des Chrétiens Démocrates de 2004 à 2015 et a été ministre de l’Intérieur de 2011 à 2015, chargée entre autres des affaires religieuses en Finlande.

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